Colères et espoirs

Hommage aux jeunes résistants

La France a décidé en 2013, de célébrer le 27 mai de chaque année, l’anniversaire de la première réunion du Conseil national de la Résistance (27 mai 1943) et rendre ainsi hommage à la Résistance. Je vous remercie, Monsieur le Maire, de vous associer à cet hommage symbolisés par ces 3 jeunes de 22 ans, tués ici et à Bruay sur Escaut, en 1942. Entre 50 et 70 millions de morts, soit plus de 2% de la population mondiale, c’est l’estimation la plus répandue, qui en fait le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. Jamais l’homme n’avait été aussi destructeur. Jamais l’homme n’avait nié à ce point, l’idée même d’humanité et de civilisation.  Dans les camps de la mort du régime nazi, c’est plus qu’une guerre qui a lieu, c’est la négation de l’être humain, sa destruction physique et psychologique, c’est l’industrie de la mort au service d’un génocide, l’anéantissement des juifs d’Europe. Hommes comme enfants, femmes comme personnes âgées. Par centaines, par milliers, par millions. Parce qu’ils étaient juifs, parce qu’ils étaient tziganes, parce qu’ils étaient communistes, syndicalistes, socialistes, résistants, homosexuels ou handicapés. Cette journée nationale de la Résistance donne aussi l’occasion de saluer ceux qui ont combattu en France cette idéologie, parfois les armes à la main pour nous permettre de vivre libre, de vivre en République. Face à la France soumise s’est dressée la France belle et rebelle, celle du courage, celle de l’engagement. Celle qui a su dire Non à l’envahisseur et Oui à la Liberté. Elle porte les noms de Jean Moulin et de De Gaulle, de Manouchian et des FTP MOI, des tirailleurs sénégalais, algériens, la France des humbles et des maquis, la France des justes. Elle porte aussi des noms de femmes, de Lucie Aubrac et Germaine Tillion, de Lise London. Dans le Nord-Pas-De–Calais, de nombreux jeunes hommes et femmes ont, eux aussi, inscrit leur nom dans la grande histoire de notre région. Ils ont fait preuve d’un grand courage parfois même, comme ici, sacrifiant leur propre vie pour leur pays, pour un idéal. Pourtant, ce n’était évident pour personne d’entrer en Résistance. Il est d’ailleurs difficile de marquer dans le temps les premiers actes de résistance dans notre région. Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. Le 3 septembre, le Royaume Uni et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. C’est la « drôle de guerre » puis la capitulation. Fin mai, le Nord et le bassin minier sont occupés par les Allemands. Le 18 juin, le Général de gaulle lance depuis la BBC son appel à la Résistance qui fera de lui le chef de la France libre. En France, dans la même période et à la suite de cet appel, la Résistance de l’Intérieur se construit. Eusebio FERRARI, le 14 juillet 1940, badigeonne des slogans sur les murs de sa ville, à FENAIN : « courage et confiance, nous vaincrons ». En novembre, les mineurs font grève dans le Valenciennois, dans le Douaisis et la région lensoise. De confessions politiques, syndicales ou religieuses différentes, mineurs ou mettalo, ils se mobilisent d’abord contre la misère et les conditions de travail découlant de l’occupation. Ils ne sont pas nombreux au début de la guerre. Il y a des initiatives individuelles comme celle du directeur des mines d’Anzin qui, en mai 40, noiera les puits pour empêcher leur utilisation par les Allemands. Au contraire de cela, en juillet 40, le directeur des mines de Lens accepte de devenir, à la demande des Allemands, le directeur des Houillères du Nord Pas de Calais. Le Bassin Minier occupera une grande place dans la libération de notre région et de notre pays. De nombreux mineurs furent, par la suite de grands résistants. La grande grève des mineurs de mai-juin 1941 est à l’image de ces premiers combats organisés et massifs. Le rationnement en pomme de terre, les cadences infernales pour fournir du charbon à l’occupant, les prix des denrées alimentaires qui augmentent de 100% durant l’hiver 41 sont à l’origine de ce mouvement. La répression est terrible. Des hommes et des femmes sont prêts à en découdre, les armes à la main même s’ils doivent y verser leur sang. La Résistance s’organise dans le Nord-Pas-De-Calais, première parcelle de la France à être envahie. C’est le cas d’Eusebio FERRARI et de ses camarades, chargé d’organiser clandestinement le mouvement de la Jeunesse Communiste dans la région, sous la direction de Martha DESRUMAUX. Ils ont 20 ans à peine au début de la guerre et rien ne les destine à leur destin tragique. Eusébio Ferrari, René Denys et Tadeusz Cichy figurent parmi les plus connus dans notre région. Ce trio a marqué l’Histoire de la Résistance dans le Nord-Pas-De-Calais. C’est pourquoi nous honorons leur mémoire aujourd’hui. Nous honorons leur mémoire aussi pour que l’Histoire ne se répète pas. Ils se sont battus pour vivre libre et dignement. Et ceux qui ont survécu, réunis au sein du Conseil National de la Résistance, ont su reconstruire la France alors que notre pays était en ruine. Célébrer la mémoire de ces héros permet de faire vivre les valeurs de notre République. C’est pour cela que nous réalisons une série de documents qui permettront de mieux connaitre ces jeunes qui ont donné leur vie pour la France. Nous préparons une plaquette, à destination des habitants où ces jeunes ont perdu la vie. Bien souvent, les habitants de ces quartiers passent devant cette stèle sans savoir qui ils étaient. De même, nous réalisons une exposition, qui pourra être utilisée dans les écoles et un site internet. Car c’est aux jeunes que nous devons nous adresser en priorité aujourd’hui. Pour cela, nous faisons appel à des jeunes des universités du Valenciennois qui acceptent de travailler avec notre association, dans le cadre de leurs études. Ils ont une vingtaine d’années, comme Eusébio Ferrari. Ils découvrent ainsi pourquoi des jeunes de leur âge ont choisi d’entrer en Résistance. L’histoire des jeunes résistants du Nord Pas de Calais, racontée, par des jeunes d’aujourd’hui, voilà le futur chantier de notre association. Nous nous retrouverons l’année prochaine pour vous présenter ce travail à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Eusébio Ferrari, en février 2017. Merci.

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